Ryan Gosling, L’homme qui voulait plaire à tout le monde

Par Karl Haus.

Comme Ryan Reynolds, Ryan Giggs, Ryan Adams, Meg Ryan et Ryanair, Ryan Gosling est un putain de gagnant. Il était star de la télé pour enfants à 12 ans, puis star du cinéma indé à 25. Après être devenu rock star à la cool parallèlement à sa carrière, le voilà icône sexuelle, pote de George Clooney et presque officiellement acteur de l’année. Mince alors… Mais comment un blondinet fils de mormons qui a grandi avec Justin Timberlake et Britney Spears pour meilleurs potes a-t-il pu devenir le meilleur acteur de sa génération, une idole pas prise de tête et le futur symbole sexuel des années 10 ?

Ryan Gosling n’aime pas qu’on le catalogue au chapitre « acteur-beau-gosse-et-sympa ».  La preuve, pour se détacher de cette étiquette hollycool jadis portée par Steve McQueen ou Paul Newman, le néo-trentenaire n’hésite pas à dérouler une dégaine de mec indolore qui roule sans mécanique lorsqu’il n’est pas sur les plateaux de tournage. Style passe-partout et présence dans les médias réduites au minimum de rigueur. Pourtant Ryan ne peut s’empêcher de se faire remarquer. Exemple fin août : notre homme s’interposait entre deux mecs en train de se mettre sur la gueule au beau milieu d’un carrefour new-yorkais. Evidemment, la scène fût filmée et diffusée sur le web, présentant Gosling comme le nouveau pacificateurs des rues de Gotham. Et sur le marcel à rayure qu’il portrait ce jour là, l’ami récupéra l’étiquette d’« acteur-beau-gosse-et-sympa ». Fuis le cool, il te rattrape.

Aujourd’hui, Ryan Gosling, fort d’une carrière en plein boost est en passe de devenir le nouveau gendre idéal du cinéma ricain. Le genre de cliché de presse qui fait bien rire les loustics qui ont connu le luron tout gamin, du temps de sa jeunesse canadienne. A cette époque, il n’était qu’un sale gosse coincé dans sa campagne. Flashback.

Une équipe de vainqueurs ? Justin timberlake fait mine de porter un gros saladier de haribo (haut à droite) et britney Spears porte un jabot en hommage aux princes de l’Ancien régime (bas à droite). Et il vous reste 1 chance sur 4 de trouver Chritina Aguilera. Quant à ryan Gosling, les chaussettes blanches au top.

Sale gosse

Ryan Gosling est né en 1980 à London, dans l’État canadien de l’Ontario. Il grandit dans la petite ville de Cornwall, où son père Thomas est ouvrier dans une fabrique de papier et sa mère Donna est secrétaire. Fils de mormons, Ryan, que ses parents laissent libre de choisir sa voie spirituelle, comme il aime aujourd’hui à le rappeler, est un enfant turbulent qui n’aime pas être traité comme un enfant turbulent. Le Ryan Gosling du milieu des années 1980 développe donc sa créativité, et apprend à extérioriser sa frustration par la musique, la danse et le jeu de scène. À huit ans, il découvre un chat complètement gelé par le froid hivernal de l’Ontario et décide de frapper cette statue de glace contre un arbre. « C’est là que je me suis dit que ça n’allait pas très bien dans ma vie. Que dès que je pourrai conduire, je partirai en Californie. Et c’est ce que j’ai fait…». Antisocial mais prompt à faire le spectacle, il se fait remarquer dès son plus jeune âge en participant aux spectacles de son oncle Perry, un des sosies d’Elvis les plus populaires dans le sud de l’Ontario à la fin des années 80. Il prend même des leçons de danse : « je savais que toutes les filles y allaient… » À sept ans, il saute le pas et devient une star de son bled, en effectuant lors d’un concours de talents une danse ultra-suggestive façon air-sex, illustrant son intérêt précoce pour le bunga-bunga. Devant les caméras, le garnement mime la copulation, se lèche lentement les doigts, se frotte aux visages des femmes de l’assistance… Mais les parents Gosling ne s’inquiètent pas outre mesure, même s’ils commencent à comprendre que leur rejeton est vraiment différent des enfants de son âge… Comme le jeune garçon n’aime pas son accent canadien, il préfère singer Marlon Brando : « Je pensais qu’avoir un accent canadien, ça ne sonnait pas bien pour un mec. Je pensais qu’un vrai mec devait sonner comme Marlon Brando. C’est pour ça que maintenant, j’ai un accent un peu bizarre, mais que je ne peux plus le changer… ». Une chose en entraînant une autre, un jour de 1990, le fils des Gosling rentre de l’école primaire les mains en sang. Des sales gosses de son école le harcelaient continuellement depuis plusieurs mois, et il s’était vengé à la force de ses poings… Ce jour-là, Donna décide qu’elle s’occupera dorénavant elle-même de l’éducation de son fils. Pas évident quand le gamin d’à peine dix ans la joue déjà bonhomme ; le petit Ryan a de grands projets. « Je voulais être un homme, avoir un métier, une maison à moi, sortir avec des filles. Je n’aimais pas l’idée d’être dépendant d’un emploi du temps et d’avoir une voie toute tracée, de ne pas avoir le choix de faire ce que je voulais. Évidemment, comme tous les enfants, mais moi j’étais vraiment obsédé par ça. Si je n’avais pas commencé à bosser très jeune, j’aurais pu mal tourner. Je serais peut-être mort. Etre un enfant me rendait fou. C’est pour ça que je faisais n’importe quoi » se souvient l’acteur. A l’époque pourtant, la seule vraie passion du minot, c’est la télé, qu’il regarde autant que sa mère le lui permet. « Pendant mon enfance, la télévision est devenue ma meilleure amie. Je regardais tout le temps la télé. Quand j’étais puni, j’étais privé de télé. Et mes meilleurs amis, c’était les Muppets. J’adorais le Muppet show. C’est sans doute pour ça que j’ai voulu devenir acteur ». Faute de pouvoir rejoindre Kermit la grenouille et ses amis, c’est du côté du Mickey Mouse Club qu’il va faire ses classes…

Le point d’exclamation qui veut tout dire (young hercules).

Bienvenue au club

La carrière de Ryan Gosling débute donc à la télévision américaine en 1992 sous les hospices d’une souris aux grandes oreilles. Le fameux Mickey Mouse Club, un programme ricain pour les gosses, par des gosses qui se prennent pour des chanteurs-acteurs-danseurs-performeurs dans une succession de sketchs et de chorégraphies ultra-kitsch. Le genre de fabrique à stars pour petits prodiges qui peut te catapulter au sommet comme te foutre en l’air pour toujours. Les parents de Ryan, eux, ne sont pas à ce genre de considérations près et s’empressent de pousser leur fils sous la mine plastique du gros Mikko dans les studios Disney à Orlando, Floride.

Après s’être fait remarquer lors du casting national du « MMC », Gosling junior se fait ensuite remarquer à l’heure d’embrasser l’un des rôles principaux de l’émission grâce à ses frasques récurrentes.  Lui qui est pourtant si poli d’habitude est ainsi rappelé plusieurs fois à l’ordre par la hiérarchie de Disney qui en a marre de le voir multiplier les allusions graveleuses face-caméra et les gimmicks du bassin entre deux chorés. C’est que Ryan n’a pas oublié qui il est : sous le soleil de l’Amérique méridionale, le néo-acteur ressort dès qu’il peut son costume de primo-champion de Air Sex.

A l’aube des années 90, le Mickey Mouse Club est ambiancé par les têtes d’anges de Christina Aguilera, Justin Timberlake, et autre Britney Spears, tous bien secoués par le début de la puberté qui leur donne des accent qui chante. De son côté, le petit Ryanou, s’il dévore les premiers plans en faisant le mariole, n’attrape pas le même wagon que ses jeunes condisciples. C’est sans doute à cette époque que Gosling a raté sa carrière de coquet du R’n’B et de la pop,  faute d’un réel talent pour danser en rythme et chanter en même temps… « C’était un peu déprimant, parce que quand je suis arrivé, ils ont compris que j’étais assez nul par rapport aux autres gamins. Je me souviens, j’étais supposé faire quelques pas de danse avec les autres, mais je n’étais pas du tout en rythme, au point que j’étais toujours derrière pour que les autres me cachent ».

Dale Godboldo est aussi un ancien du Mickey Mouse Club. Il faisait partie des plus vieux de l’émission, encadrant le petit quatuor Spears, Aguilera, Timberlake et Gosling, dont il était l’ainé de cinq ans. Dale Godboldo se souvient de ses jeunes protégés : « C’était étrange. Ils étaient comme nos petits frères – ils avaient le même âge que mon petit frère – donc on les protégeait . Je ne sais pas si j’ai été un modèle pour eux, j’aurais bien aimé en fait…». Force est de constater que Dale n’a pas réussi à atteindre le même succès que ses poulains : après avoir joué dans une poignée de films sortis directement en VHS, le voilà au point mort. Comme lui, Gosling aurait-il pu devenir ce genre d’acteur qui répond à ses fans sur Facebook, se demande toujours dix ans après

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