Kongorock !

Cheick Kongo

Par Raphaël Malkin, avec Benjamin Hue

Les Américains ont trouvé le digne successeur de La Fayette, dans le genre français bardé de panache et de bravoure. Avec, en prime,  un blaze, une allure et un cv qui n’ont rien à envier au marquis : Cheick Kongo, big bonhomme tout droit débarqué du 93, est une star du free-fight aux Etats-Unis. Rencontre avec un type au parcours aussi déroutant que la vie politique au Congo. Ceci sera la seule blague du papier puisque nous avons évité de sortir les noms de Cheikh Yassine et de King Kong.

Que Mohammed Ali, Mike Tyson, Evander Holyfield ou encore Floyd Mayweather et Roy Jones reposent en paix aux côtés de Joe Louis et Joe Frazier. Voilà que le panthéon tout entier de la boxe ricaine disparaît soudainement. Tout du moins dans les esprits des fans de baston, tous prompts qu’ils semblent être aujourd’hui à remiser le noble art au placard  au profit d’une nouvelle marotte : le Mixed Martial Arts (MMA), communément appelé free-fight. Aux Etats-Unis, les foules beuglantes apparaissent aveuglées d’admiration par cette discipline ultra violente mettant en scène des brutasses en shorty moulax, pieds bandés et poings à peine gantés, se défonçant au milieu d’une arène grillagée. Bim. L’UFC, la ligue professionnelle la plus reconnue du pays réunit pour chacun de ses événements des milliers de spectateurs et des millions de téléspectateurs. Un succès phénoménal qui a tôt fait de faire des combattants des stars adulées, celles-ci augmentant toujours un peu plus leurs audiences au gré des arcades qu’elles défoncent. Parmi ces dernières, on trouve d’ailleurs un français prénommé Cheick Kongo. A 36 ans, le type fait partie du top 10 de l’UFC et est l’un des combattants les plus appréciés du public. Aux Etats-Unis, si les colonnes des canards dégaineront assurément le nom de Marion Cotillard au moment de citer une personnalité française, il y a des chances que celui de Cheick Kongo revienne également quelques lignes plus loin. L’honneur tricolore sauvé par le kong.

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French caincain incognito

Chez nous, chez lui, Cheick Kongo est un inconnu. Pas un journal ni une chaîne de télévision pour faire le compte-rendu de ses exploits sur les rings yankee ; pas un pèlerin pour s’exciter au bar sur le récit desdits exploits. Un anonymat total qui s’explique par une raison et un enchaînement assez simples : en France, les compétitions de free-fight sont interdites et du coup, leur diffusion reste largement confidentielle. Au final, ils sont quelques centaines, tout au plus, à déjà avoir eu vent des faits d’armes de Cheick Kongo. Parmi ceux-là, il y a bien sûr les aficionados ultra-nichés de l’UFC mais également Stéphane Gatignon, le maire de Sevran, petite ville perdue dans un recoin hardcore du 93 dont Cheick Kongo est originaire. Cherchant comme il peut à attirer la lumière sur sa commune, l’édile a donc eu tôt fait d’introniser Cheick ambassadeur.

C’est dans ce genre de situation que l’on a donc rencontré pour la première fois le free-fighter. Ce matin-là, Gatignon lui avait demandé de passer faire coucou dans un hôtel parisien, à l’occasion d’une conférence de presse organisée afin de présenter la candidature de Sevran pour héberger le futur stade du Quinze de France. L’idée que nous nous faisons alors de Cheikh Kongo est franchement assez vague. Que penser de quelqu’un dont les images dénichées sur le web dévoilent tantôt un garçon hilare qui aime chambrer à la bonne franquette ses sparring-partners, tantôt un cyborg ruisselant, capable de ruer de coups jusqu’au sang un adversaire, comme le pauvre Mustapha Al-Turk un soir de décembre 2008 à Las Vegas ? Finalement, il n’y a guère que la silhouette du mec dont on peut être à peu près certain : 1m93 pour 106 kilos et la peau noir ébène, le poids lourd ne peut pas passer inaperçu.

Aussi, quand il finit par débouler au détour d’une petite rue, il n’y vraiment pas de doute à avoir sur la personne. Massif, l’homme dévore l’espace mais son allure tranche quand même avec sa carrure. Big Kongo affiche une mine toute sage derrière une petite paire de lunettes bien désuète. On en oublierait presque la bête tonitruante qui a l’habitude de débarquer sur les rings américains les sourcils froncés et le poing levé sur une bande son signée Booba.

Certains lecteurs ont pu craindre que l’on perde l’usage de nos mains après avoir serré celle de Cheick Kongo. Qu’ils soient rassurés. Le coup de pince du bonhomme se fait en douceur, sourire à l’appui. S’engouffrant dans l’hôtel pour rejoindre son ami le maire, l’athlète s’excuse même de nous faire attendre, tout gêné qu’il est de ne pas pouvoir nous consacrer tout de suite son temps. « Je suis vraiment désolé. On se voit dès que j’ai fini, il n’y a aucun souci » lâche-t-il tranquillement.

Quand il revient en France, le free-fighter ne s’affiche pas en star infaillible lestée du bling de l’UFC. Malgré son CV, Kongo la joue lambda ici. Rien d’étonnant qu’il prenne dès lors le volant d’une banale Clio blanche pour nous embarquer direction Sevran et remonter le fil – pas vraiment banal celui-là – de sa vie.

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« Tout jeune, j’étais un fan absolu de Bruce Lee et de Chuck Norris. »

Plus fort que Napoléon

Sevran, ville assurément l’une des plus moches de France avec ses barres d’immeubles cramoisies par l’usure du temps, espacées par des terrains en friches informes. Chérie des faidiversiers, cette commune francilienne est le théâtre régulier de trafics et de règlements de compte. C’est dans ce décor déglingué qu’est né et a grandi Cheick Kongo. Ici, bien plus qu’aux Etats-Unis, le type est chez lui. Il traverse la ville à toute allure dans sa petite Renault et finit par s’arrêter sur le parking d’un lotissement en briques rouges. L’endroit est un peu défroqué mais paraît somme toute plus cossu que la majorité des piaules des alentours – un petit bosquet plutôt bien taillé longe le bordel. « On va se poser chez ma mère, on sera plus tranquilles ». Dans le salon de l’appartement, adossé au mur, on découvre alors une imposante vitrine protégeant du monde les breloques glanées par Kongo depuis toutes ses années de baston.

Cela fait presque vingt-cinq ans qu’il se tape. A l’écart des terrains de foot et de basket squattés par ses potes d’enfance, Cheick Fabrice Ouedraogo Kongo dans le civil, lui, a très tôt choisi la voie du combat. « Tout jeune, j’étais un fan absolu de Bruce Lee et de Chuck Norris. Leur vie et leur trip avaient un côté exotique que je trouvais intriguant. J’avais envie de choper le même bagou et la même dextérité que ces mecs » explique le fighter. A dix ans à peine, le minot de Sevran enchaîne donc les cours de judo, de karaté et de kendo puis se met à la boxe thaï dès qu’il franchit le cap de l’adolescence. « Pour moi, donner des pains c’était quelque chose qui conférait à l’art ; je voulais toujours apprendre une technique nouvelle » explique-t-il en se remémorant son enthousiasme de l’époque. Vaillant, le jeune Cheick s’essaye en même temps à la lutte gréco-romaine. Considéré comme un boxeur à fort potentiel, le jeune homme démarre les compétitions du dimanche, récupère des pelletées de médailles et se fait rapidement remarquer. Notamment par Charles Jousseau, un vieux routier des arts martiaux. L’homme est alors connu dans le milieu pour gérer une salle dans le nord de Paris où l’on pratique une variété élargie de techniques de self-défense dont le Mixed Martial Arts. Une aubaine pour Cheick Kongo qui rêve « de trouver une combinaison entre la boxe thaï et la lutte ». Tout naturellement, le gamin de Sevran excelle dans son nouvel art et demande très vite à être inscrit dans des compétitions. L’affaire n’est pas aisée : la France interdit ce genre d’événement et les Français n’ont pas l’habitude de partir se battre à l’étranger. Pourtant Charles Jousseau dégote un premier combat exhibition en Russie pour Cheick. Sevran-Moscou, normal. Kongo est étrange : quand on évoque avec lui le souvenir d’un voyage à l’autre bout de l’Europe alors qu’il n’a que vingt-trois ou vingt-quatre ans et qu’il débarque d’à peu près nulle part, le type ne semble pas vraiment ému. C’est avec un flegme assez étonnant qu’il explique juste s’être amusé de voir « un tampon sur [son] passeport ». Terre à terre le monsieur : « J’étais concentré sur mon combat. Je me demandais comment je serais accueilli sur le ring et si les Russes n’étaient pas des sauvages qui allaient me pourrir pendant plusieurs rounds ». Cette campagne de Russie aura le mérite d’inaugurer sa carrière au delà de nos frontières. Un Français qui remporte la mise sous le nez des tsars statufiés, c’est ça qu’est bon.

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Pa ni pwoblem

A la fin des années 90, la vie de Cheick Kongo fonctionne selon un schéma binaire. Tous les week-ends, le type part bourlinguer en Europe, aux Pays-Bas, en Croatie ou en Bosnie-Herzégovine pour des exhibitions de MMA mais aussi des combats de boxe thaï – dans cette discipline, il glane d’ailleurs un paquet de titres. Une vie de globe-trotter sculptée à la force des poings et des pieds d’autant plus hallucinante quand on sait que le reste de la semaine notre homme charbonne comme un malade. Malgré l’importance grandissante que semblent alors prendre pour lui les sports de combat, il n’en reste pas moins un simple amateur. Après un D.U.T. de maintenance des systèmes mécaniques autorisés, Cheick enchaîne en effet les petits boulots : il est tour à tour chauffeur-livreur, commercial ou encore « technicien de denrées alimentaires ». Repéré par le patron d’une boîte de sécurité alors qu’il fracasse un sac dans sa salle, Kongo est également embauché pour être videur et garde du corps. Pendant un temps, il s’occupe donc de suivre à la trace des Princes et des Princesses de passage à Paris. « A ce moment-là, je ne pensais pas vraiment à essayer de faire carrière sur les rings. J’avais ce qu’il me fallait dans ma vie pour être heureux ; les combats me ramenaient de l’argent de poche pour partir en vacances ou m’acheter des bottines. Je me faisais des petits plaisirs, quoi » explique Kongo. Histoire d’enfoncer le clou, il assène tout de go : « ça ne me faisait rien de changer de vie en fin de semaine, je ne me prenais vraiment pas la tête par rapport au combat ».

A l’écouter, c’est donc aussi dans cet état esprit que Cheick Kongo monte le 10 juin 2001 sur le ring pour son premier combat officiel de MMA à Amsterdam aux Pays-Bas. Faut dire que ce jour-là, la salle est particulièrement visqueuse. Le genre d’ambiance que l’on retrouve sur les programmes de nuit d’Eurosport avec un ring éclairé par une lumière blafarde, traversé entre les rounds par une sorte de travelo en bikini et entouré d’ersatz – ou pas – d’Hell’s Angels avinés. Pas le genre de délire qui te donne envie de t’investir à vie nan.  Professionnel, peut-être – voire sûrement –, motivé à l’idée de ramener quelques pépettes de son voyage en terre oranje, Cheick Kongo ne se laisse pas perturber par le décor de son combat et fait le taf face à un dénommé André Tete. Après avoir contré un high-kick, Kongo se le farcit en le coinçant contre les cordes, lui envoyant une mitraille de coups de poings sur les tempes et la mâchoire avant de le terminer grâce à une balayette bien placée. En six minutes chrono, il détruit son adversaire.

Dès lors, le Français enchaîne les combats officiels et, surtout, les victoires. Après une quarantaine de combats sur la scène européenne, Kongo ne compte que deux défaites. Des faits d’armes qui finissent par attirer l’attention de l’UFC, la ligue professionnelle américaine de MMA. Alors qu’il est en vacances sur un paquebot croisant au milieu de la Caraïbe, Kongo reçoit un coup de fil d’un de ses amis aux Etats-Unis en contact avec l’UFC : « Ça a été assez simple se souvient Kongo. La conversation s’est déroulée comme ça : « Fréro, tu veux boxer pour l’UFC ?  » Y a pas de problème, s’il faut faire le taf, je suis là ».

Le récit de Cheick Kongo intrigue. L’évolution de ce dernier dans le milieu des sports de combat ne semble pas avoir été motivée par une véritable démarche. Comme si Kongo s’était laissé embarquer dans cette histoire de compétitions en naviguant à vue. Comme s’il ne faisait que répondre à des invitations de promoteurs, les unes après les autres, pour le simple kiff de mettre quelques pains à un inconnu et de pouvoir se payer un trip sous le soleil. Cool-fu fighting.

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« Je me souviens de mon arrivée dans la banlieue de Liverpool. J’avais le sentiment d’avoir affaire à une ville où les mecs se déplaçaient en carriole, où les femmes se poudraient le visage. »

Des pains et des jeux

Las Vegas. Ses hôtels, ses casinos, ses palmiers, ses bimbos, ses dollars. Un décor monstrueusement hallucinant qui ne semble pourtant pas avoir impressionné Cheick Kongo quand ce dernier débarque dans le Nevada en juillet 2006, à l’invitation de l’UFC : « Je n’avais pas grand chose à faire de Vegas, je me foutais des visites. Moi, je ne pensais qu’à mon combat, je voulais gagner ». Mais malgré les apparences, cette soif de la gagne n’a alors rien à voir avec une quelconque envie d’impressionner les types de l’UFC et de décrocher un hypothétique contrat. Comme à son habitude, Kongo envisage son combat comme une simple affaire à emballer et peser. « Je n’imaginais même pas une seconde m’établir aux Etats-Unis à ce moment. La preuve : j’avais demandé à mon patron de l’époque de m’accompagner pour me voir combattre. Je voulais repartir à Paris pour bosser tranquille » explique Kongo. Dans ce cas-là, fallait pas gagner l’ami.

8 juillet 2006, voilà le premier jour du reste de la vie du free-fighter. Ce soir-là, près de 12 000 personnes se sont massées dans les gradins du Mandalay Bay Events Center de Vegas pour assister à la soixante et unième édition de l’Ultimate Championship Fighting. L’arène blingue : sous les spotlights, les sponsors font les beaux avec leurs chapeaux de cow-boys et les billets volent. Quant à la nana qui s’occupe d’afficher les rounds, cette fois-ci, il n’y aucun doute sur son genre. Une ambiance à des années lumières des salles miteuses d’Europe. Ce qui semble d’ailleurs plutôt booster Cheick Kongo. 24 heures avant que Zidane ne défonce un Italien d’un coup de tête hardcore, ce dernier décide d’endosser en avant-première le costume du français rageur. Au bout de cinq minutes de combat, il embroche son adversaire, l’américain Gilbert Aldana, surnommé « El Peligro », le plaque contre le grillage du ring et enchaîne une série de coups de genoux et d’uppercuts qui finissent par péter l’arcade du type. Victoire. « Franchement, ça faisait du bien de montrer aux Ricains qu’un Français pouvait s’imposer en MMA. Avec ça, peut-être même qu’ils ont arrêté de penser à Chirac et à son refus d’aller en Irak au moment de parler de la France » balance tout tranquille le Kongo. Peut-être oui, tant ce dernier a imposé sa ganache sur les rings de l’UFC, depuis ce premier match. S’il est bien rentré en France après sa victoire contre Aldana, Kongo est en fait revenu très rapidement à Vegas pour signer un contrat avec l’UFC et devenir – enfin – free-fighter professionnel. Il a alors 31 ans. L’âge auquel Canto a arrêté sa carrière de footeux par exemple. Au lieu d’investir la scène, l’ancien joueur de Manchester United aurait donc pu alors prétendre à une carrière sur les rings. Dix billets que le supporter de Sheffield United qui s’est pris ses crampons dans la tronche serait d’accord. Bref.

En intégrant officiellement le circuit, Cheick Kongo signe pour une drôle de vie. Désormais, le tricolore passe son temps à sillonner les Etats-Unis, de Pittsburg à Philadelphie en passant Minneapolis et Memphis, pour se battre devant des foules en délire. Du jour au lendemain, Cheick Kongo se mue en véritable gladiateur star. Un statut que polit d’ailleurs malicieusement l’UFC pour tous ses combattants, à coups de séances de promotion haletantes et de cérémonies officielles aux quatre coins du pays. Et entre les combats et la promotion de ces derniers, Kongo doit aussi voyager pour se préparer, dans le Colorado par exemple ou même en Angleterre, où l’UFC a fait des émules.

Si le Français se résume en parlant avec la banane d’« un mec qui passe sa vie dans les avions », il n’est pas dit qu’il ait parfois un petit coup de blues. Surtout que le bougre n’a pas ses proches pour le soutenir au quotidien, lui qui est parti en solo vivre son rêve américain et qui ne revient seulement que deux à trois fois par an en France. « Je ne me prends pas la tête avec ça, explique-t-il cela dit, je me dis que j’ai un boulot à faire ; je suis comme un marin qui ne remet pas le pied sur terre pendant deux mois parce qu’il pêche ». En mer, Kongo collecte alors des images et des souvenirs. Un passe-temps plein de surprises pour ce type qui, jadis le cul collé au bitume de Sevran, était contraint d’envisager la vie à travers les vitres « Je me souviens encore de mon arrivée dans la banlieue de Liverpool. J’avais le sentiment d’avoir affaire à une ville où les gens se déplaçaient en carriole, où les femmes se poudraient le visage. Sauf qu’il y avait Internet. C’était le Moyen-âge avec la technologie. Le trou du cul du monde quoi » raconte-t-il. Le genre de pique dont le kop d’Anfield Road pourrait facilement prendre ombrage. Et dans ce cas-là, il y aurait de grandes chances pour que Kongo se retrouve à walk alone

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« J’en ai un peu marre de raconter que je casse des gueules, c’est devenu une sorte de routine. »

Et Cheikh et mat

Cheick Kongo est un type qui refuse de s’embarrasser des choses. C’est sereinement, sans s’émouvoir un poil de l’extraordinaireté de son parcours qu’il raconte comment il a enchaîné les étapes. « J’ai du mal à prendre conscience du conte de fées que je vis. Pour moi, c’est presque normal, il n’y a pas d’excitation particulière » explique-t-il. Et même lorsque l’on évoque son plus haut fait d’armes, il ne s’enorgueillit pas d’un brin de fierté. Pourtant, il y aurait de quoi. C’était en juin dernier, dans l’arène du Consol Energy Center de Philadelphie : cette fois-ci, l’UFC vivait l’un des retournements de situation les plus spectaculaires de son histoire. Après s’être retrouvé deux fois cloué au sol par l’américain Pat Berry, après que le commentateur a crié à l’arrêt du combat, Kongo s’était relevé contre toute attente, avant d’asséner dans un dernier effort un uppercut parfait et définitif dans la mâchoire de son adversaire. « Un des plus extraordinaires K.O. de l’histoire du MMA » s’était empressé de s’enthousiasmer le commentateur en virant de bord. « Oui, c’était un combat rapide et intense. A un moment donné, fallait que je réagisse, je ne pouvais pas me laisser faire » se souvient tout juste Kongo, lénifiant. Le type dit aussi ne pas avoir de meilleur souvenir de combat. Ok.

Le détachement certain qui anime notre homme est également de mise au moment d’évoquer la suite de sa vie. A bientôt 37 ans, Cheick Kongo sait bien que la fin de sa carrière sur les rings de free-fight approche et cela n’a pas vraiment l’air de l’affecter. En réalité, l’homme paraît lassé, l’idée de combattre ne semble plus vraiment le faire vibrer aujourd’hui. « J’en ai un peu marre de raconter que je casse des gueules, c’est devenu une sorte de routine. Et puis bon, franchement, je n’ai pas besoin de ça pour exister » confesse-t-il. Une certitude dont Kongo peut légitimement se parer : sur les rings américains, le mec a largement gagné de quoi s’assurer un avenir bonnard – certaines de ses victoires lui ont rapporté plus de cent mille dollars. Des thunes qui lui servent à préparer au mieux sa reconversion : il avoue ainsi avoir investi dans « certaines affaires ». Et s’il continue aujourd’hui à se battre sur les rings de l’UFC, c’est d’abord pour gratter les quelques ronds qui lui manquent pour ficeler définitivement « ces affaires ».

« C’est mon prochain défi, je veux vraiment y arriver. C’est comme avec une belle caisse : je n’ai pas envie qu’on me la prête pour faire « vroum vroum » jusqu’à Paname puis la rendre. J’ai envie d’avoir les clés sur ma table de nuit ! ». Conclusion : il n’y a donc finalement qu’en le laissant digresser sur son futur que l’on obtient de Cheick Kongo un semblant d’émotion.

Et si Kongo n’avait pas choisi la voie des rings, serait-il aussi à l’aise aujourd’hui ? C’est peut-être la première question sur laquelle notre homme tilte pendant un temps. Jusque-là lové dans son fauteuil, il se redresse et fronce les sourcils. « J’ai failli m’engager ailleurs » lâche-t-il alors avant de s’embarquer dans une histoire plutôt vague : à vingt ans, Kongo aurait essayé d’entrer dans l’armée pour éventuellement intégrer les rangs de la Légion étrangère ou des commandos. Une démarche finalement avortée pour d’obscures raisons dans lesquelles le garçon s’empêtre avant d’évacuer le sujet. Quoiqu’il en soit, cette petite question anodine a le mérite de l’interpeller, comme s’il prenait soudainement conscience de quelque chose, de sa chance peut-être. « Disons que je n’ai pas eu tort de laisser le sport prendre le dessus dans ma vie » finit-il par concéder. Sitôt dit, il se réinstalle confortablement dans son fauteuil en souriant.

Fin février, Cheick Kongo montera pour la dix-huitième fois de sa carrière sur un ring brandé UFC pour un combat délocalisé au Japon où la ligue – et le free-fighter – comptent de nombreux fans. En face de lui, il devrait trouver un type qu’il n’a encore jamais rencontré, Mark Hunt, un Néo-Zélandais recouvert de tatouages tribaux. Kongo ne s’est pas encore renseigné sur lui. Il ne le fera sûrement pas. « L’idée, c’est d’éviter de manger et de finir en sang. Il faut juste mettre plus de coups que mon adversaire, peu importe qui il est. Pour chaque combat, je prends ce qu’il y a, je ne calcule pas ». Un raisonnement assez simple, comme un Sevran-Tokyo, via Moscou et Vegas.

Le combat libre : une discipline très encadrée…

Connue sous le nom de MMA (arts martiaux mixtes), il s’agit de mettre son adversaire K.O. en trois ou cinq rounds de cinq minutes, à base de coups de pied, de poing, de genou et de coude ou de techniques de projection et de soumission. Un bon gros pugilat toutefois très encadré : les fighters combattent peu (deux à trois fois l’an) ; les zones sensibles sont interdites (gorge, arrière de la tête, dos) et les arbitres au taquet à la moindre balafre. Résultat, toujours aucun décès à déplorer pour la discipline.

… qui se refuse toujours à la France

Le combat libre dans sa forme la plus pure est toujours illégal en France. Prohibé par Jean-François Lamour en 2006 sur avis du Conseil de l’Europe, l’hexagone ne reconnaît que son avatar aseptisé, le pancrace, où les coups au sol sont interdits. Certains irréductibles ont bien créé une commission nationale des MMA en 2008, mais ils peinent toujours à faire reconnaître la discipline que l’ancienne ministre des Sports de Sarko, Chantal Jouanno n’avait pas hésité à comparer à « des combats de coq ». Mal engagé.

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